Visites

Publié : 3 mai 2012
Format PDF Enregistrer au format PDF

Rhinocéros

Cet article est le fruit du travail d’un groupe d’élèves de la classe : Quentin T., Léopold R., Maxence D. et Jonathan D. Il a été validé par le professeur de français, moyennant quelques corrections de détail.

Introduction

Eugène Ionesco est un auteur français du XXe siècle né en 1909 et mort en 1994. Il est célèbre pour ses pièces du genre absurde qui s’opposent au théâtre traditionnel. On trouve parmi elles La Cantatrice chauve, datant de 1950.

Rhinocéros est paru en 1960. La scène étudiée est un dialogue entre deux hommes : Jean, qui commence à se transformer en rhinocéros et à accepter sa future condition d’animal, et Bérenger, qui refuse de perdre son humanité.

Nous verrons en quoi cet extrait mérite l’appellation de "farce tragique". Nous étudierons ainsi dans un premier temps l’aspect tragique du texte et dans un deuxième temps l’aspect comique.

Développement

Un texte tragique

L’extrait est tout d’abord tragique [1].

Un processus d’animalisation

En effet, Jean est atteint d’une maladie incurable qui le gagne petit à petit. Cela se voit par une montée en puissance de ses propos et de son attitude du début à la fin du texte. Ainsi, au début Jean est immobile et il parle clairement (ligne 1). Mais il commence à s’agiter (ligne 5), puis "Il barrit presque" (ligne 30), pour finalement ne plus parler ni distinctement ni correctement (lignes 47 et 48), avec une phrase averbale : "Chaud... trop chaud."

Un dialogue de sourds

L’aspect tragique de la scène découle aussi de l’incompréhension entre les deux personnages, plus particulièrement celle de Jean, qui plaide la cause de l’animalité. Il adopte d’ailleurs une attitude agressive que l’on repère déjà à l’occasion d’une de ses premières répliques, ligne 9 : "La morale ! Parlons-en de la morale, j’en ai assez de la morale, elle est belle la morale ! Il faut dépasser la morale !" La répétition à cinq reprises du mot "morale" en réponse à la réplique de Bérenger crée un effet d’insistance et de surenchère de la part de Jean. Le point de vue de Bérenger est violemment balayé : ainsi, ses répliques sont souvent interrompues, comme en témoignent les didascalies (ligne 19) et les points de suspension.

La première partie nous l’a montré, le texte est tragique. Il possède néanmoins une dimension comique.

Un texte comique

L’extrait peut être également vu sous un angle comique.

Bérenger

Tout d’abord, c’est Bérenger qui offre une perspective comique. En effet, il fait preuve d’un certain détachement vis-à-vis de ce qui arrive à Jean, d’ironie même. Après le barrissement de Jean, ligne 31, Bérenger dit : "Je ne savais pas que vous étiez poète." Bérenger réagit également à la vue de la corne sur le front de Jean : " "Oh ! Vous semblez vraiment perdre la tête !" (ligne 43) . Ces répliques ont pour effet d’apporter un fort contraste avec la situation tragique de Jean que nous avons relevée dans la première partie. Les paroles de Bérenger font office de contrepoint comique, notamment quand il relève des évidence (ligne 43).

Jean

Jean est également comique, mais d’une autre façon. Ce dernier trouve sa force comique essentielle dans le jeu de l’acteur, comme le révèlent les didascalies des lignes 5, 22, 31, 43, 44, 45. Ce jeu tend vers le ridicule et provoque le rire dans une certaine mesure. La transformation est comique par elle-même. En effet, sa brusquerie est surprenante : Jean change de couleur et possède une corne. L’effet produit est le même que pour Bérenger : il s’agit de créer un contraste antre le comique et le tragique.

Conclusion

Nous avons vu que, par son aspect à al fois tragique et comique, ce texte s’inscrivait dans le théâtre de l’absurde d’Ionesco et qu’il méritait l’appellation de "farce tragique". L’auteur écrit cette pièce peu après la seconde guerre mondiale, et on peut voir dans cette épidémie qui transforme les gens en rhinocéros une métaphore de la montée du nazisme en Europe de l’ouest.

D’autres auteurs contemporains ont su aborder le thème du nazisme ou de la Shoah dans la même perspective tragi-comique, tel Jean-Claude Grumberg avec sa pièce L’atelier.

Notes

[1Par tragique, il faut entendre ici l’inéluctable, ce contre quoi on ne peut rien.

Dans cette rubrique