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Publié : 18 novembre 2013
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"Vieille fin de partie perdue..."

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Dominque Pinon dans le rôle de Hamm, Charles Berling dans le rôle de Clov. Mise en scène de Charles Berling. Vidéo ajoutée conformément au code de la propriété intellectuelle - Article L122-5
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LE TEXTE


HAMM - [… ] Encore une chose (Clov s’arrête) Une dernière grââce. (Clov sort.) Cache-moi sous le drap. (Un temps long.) Non ? Bon. (Un temps.) A moi. (Un temps.) De jouer. (Un temps. Avec lassitude.) Vieille fin de partie perdue, finir de perdre. (Un temps. Plus animé.) Voyons. (Un temps.) Ah oui ! (Il essaie de déplacer le fauteuil en prenant appui sur la gaffe. Pendant ce temps entre Clov. Panama, veston de tweed, imperméable sur le bras, parapluie, valise. Près de la porte, impassible, les yeux fixés sur Hamm, Clov reste immobile jusqu’à la fin. Hamm renonce.) Bon. (Un temps.) jeter. (Il jette la gaffe, veut jeter le chien, se ravise) Pas plus haut que le cul. (Un temps.) Et puis ? (Un temps.) Enlever. (Il enlève sa calotte.) Paix à nos... fesses. (Un temps.) Et remettre. (Il remet sa calotte.) Égalité. (Un temps. Il enlève ses lunettes.) Essuyer. (Il sort son mouchoir et, sans le déplier, essuie ses lunettes.) Et remettre. (Il remet le mouchoir dans sa poche, remet ses lunettes.) On arrive. Encore quelques conneries comme ça et j’appelle. (Un temps.) Un peu de poésie. (Un temps.) Tu appelais – (Un temps. Il se corrige.) Tu RÉCLAMAIS le soir ; il vient - (Un temps. Il se corrige.) Il DESCEND : le voici. (Il reprend, très chantant.) Tu réclamais le soir ; il descend : le voici. (Un temps.) Joli ça. (Un temps.) Et puis ? (Un temps.) Instants nuls, toujours nuls, mais qui font le compte, que le compte y est, et l’histoire close. (Un temps. Ton de narrateur.) S’il pouvait avoir son petit avec lui... (Un temps.) C’était l’instant que j’attendais. (Un temps.) Vous ne voulez pas l’abandonner ? Vous voulez qu’il grandisse pendant que vous, vous rapetissez ? (Un temps.) Qu’il vous adoucisse les cent mille derniers quarts d’heure ? (Un temps.) Lui ne se rend pas compte, il ne connaît que la faim, le froid et la mort au bout. Mais vous ! Vous devez savoir ce que c’est, la terre, à présent. (Un temps.) Oh je l’ai mis devant ses responsabilités ! (Un temps. Ton normal.) Eh bien ça y est, j’y suis, ça suffit. (Il lève le sifflet, hésite, le lâche. Un temps.) Oui, vraiment ! (II siffle. Un temps. Plus fort. Un temps.) Bon. (Un temps.) Père ! (Un temps. Plus fort.) Père ! (Un temps.) Bon. ( Un temps. ) On arrive. (Un temps.) Et pour terminer ? (Un temps) Jeter. (Il jette le chien. Il arrache le sifflet.) Tenez ! (Il jette le sifflet devant lui. Un temps. Il renifle. Bas.) Clov !(Un temps long.) Non ? Bon. (Il sort son mouchoir.) Puisque ça se joue comme ça... (il déplie le mouchoir)... jouons comme ça... (il déplie)... et n’en parlons plus... (il finit de déplier)... ne parlons plus. (Il tient à bout de bras le mouchoir ouvert devant lui.) Vieux linge ! (Un temps.) Toi – je te garde. Un temps. Il approche le mouchoir de son visage.

RIDEAU

Samuel Beckett, Fin de Partie, pages 107-110

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