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Publié : 21 mars 2013
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Bac Blanc de français 2013 séries générales

Vous trouverez ci-dessous la réponse à la question posée ainsi que des pistes pour le commentaire et un schéma de dissertation. Le reste, c’est-à-dire les éléments relatifs au sujet d’invention, viendra plus tard...

QUESTION (4 points)
Répertoriez et classez les différentes raisons qui, selon les auteurs des textes ci-dessous (textes A, B, C, D), poussent les hommes à aller au théâtre.
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Le corpus


A regarder de près les textes du corpus, on découvre trois raisons essentielles qui poussent le spectateur à se rendre au théâtre.

C’est tout d’abord la soif de divertissement, le goût du spectacle pur qui ne demande ni investissement affectif ni réflexion profonde.

  • C’est ainsi que Corneille fait du théâtre le « divertissement » des princes, un « passe-temps » qui leur sert à « se délasser ». Soucieux de donner une respectabilité à ce qui ne semble être qu’un loisir, il fait des nobles et du Roi la caution irréfutable du théâtre.
  • Chez Zola, Renée et Maxime semblent prendre le même pli : leur présence au spectacle se fait d’ailleurs au gré du hasard, puisqu’ils « n’avaient pas seulement regardé l’affiche », et au gré d’un conformisme impérieux, puisque « la mode leur commandait de s’[y] intéresser ». Ajoutons-y une connaissance fragmentaire de l’italien et de la littérature classique qui les oblige à se concentrer sur le pur spectacle. Si l’attitude de Renée évolue au fil de la représentation, celle de Maxime, en revanche, est imperturbablement guidée par un intérêt grossier, particulièrement visible dans ses remarques : « Quel godiche ! » s’exclame-t-il ; ou encore « Il a une bonne tête le vieux ! ». Par la préférence qu’il affiche pour « les Bouffes », c’est-à-dire le théâtre comique, il marque clairement son goût pour un théâtre de divertissement.
  • Chez Claudel, la recherche du divertissement apparaît à deux reprises dans l’image du sommeil bienfaisant : le théâtre, « c’est comme les rêves qu’on fait quand on dort ». Le spectateurs « regardent et écoutent comme s’ils dormaient ».

Mais il arrive que ce bien-être du spectacle pur cède devant une émotion qui confine à la « passion », comme l’évoque Hugo dans la préface de Ruy Blas. Une passion qu’il associe – très schématiquement et très injustement – au seul public féminin.

  • L’émotion s’incarne plus particulièrement chez Zola dans le personnage de Renée, venue comme nous l’avons dite au spectacle par une sorte de hasard, mais qui s’identifie peu à peu au personnage de Phèdre, coupable comme elle d’une passion si voisine qu’elle se nomme elle-même, non sans emphase tragique « l’incestueuse des temps nouveaux ». Ce qui retient la spectatrice fascinée, c’est la « tendresse criminelle », la femme « brûlante », sa « fureur sombre », son « cri de passion fauve », bref : tout ce qui touche au champ lexical de l’émotion à son paroxysme.

Il arrive enfin que le goût de voir « des hommes vivre sur la scène », de contempler un spectacle qui « peint l’humanité », comme le souligne Hugo, l’emporte à son tour.

  • Cette attitude est particulièrement marquée chez Claudel à travers le personnage de Lechy Elbernon, qui évoque l’ignorance de l’homme et la connaissance que peut lui insuffler le théâtre : « ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c’est pour cela qu’il va au théâtre », affirme-t-elle. Pour elle, le spectateur n’a pas pour but d’oublier qui il est, ni de se retrouver sous les traits d’un héros, mais bien d’apprendre sur soi des choses qu’il ignore. Le théâtre est son miroir, où « il se regarde lui-même ».
  • C’est peut-être ce qu’évoque aussi Pridamant dans l’Illusion Comique, quand il avoue timidement l’ « utilité » du théâtre.

Pourtant, si différentes soient-elle, ces motivation se fondent en une seule : celle de goûter à la fascination théâtrale. Ainsi, Corneille évoque « délices » et « plaisirs » ; Hugo parle lui-aussi, à trois reprises, de « plaisir » ; Claudel dit laconiquement que le spectateur « n’a point envie de s’en aller » ; Zola transforme la fascination de son héroïne en véritable pâmoison : « elle perdait connaissance », déclare-t-il.

COMMENTAIRE
Vous ferez le commentaire du texte de Pierre Corneille (texte A).

Quelques pistes...

Le texte se veut un éloge du théâtre. Cet éloge présente trois composantes :

1. L’éloge de l’auteur

Corneille a toujours eu conscience de son talent et entend le faire reconnaître : « C’est là que le Parnasse étale ses merveilles ; / Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles ; / Et tous ceux qu’Apollon voit d’un meilleur regard / De leurs doctes travaux lui donnent quelque part. » C’est en termes poétiques empruntés à l’antiquité que Corneille désigne les auteurs des œuvres destinées au théâtre. On relèvera ici les adjectifs mélioratifs qui soulignent leurs qualités.

2. L’éloge de la classe dirigeante

Cet éloge se fait en deux étapes :

a) L’engouement de la noblesse est salué comme il se doit : « Le divertissement le plus doux de nos princes, / Les délices du peuple, et le plaisir des grands ; / Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps ; / Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde / Par ses illustres soins conserver tout le monde, / Trouvent dans les douceurs d’un spectacle si beau / De quoi se délasser d’un si pesant fardeau. » En insistant ici sur le sérieux des occupations aristocratiques, Corneille souligne par contraste l’utilité du théâtre, qui permet à des gens si haut placés de reprendre haleine avant de poursuivre leur œuvre.

b) Il n’est pas à l’époque d’écrivain sans protecteur. Et quel meilleur protecteur que le Roi ? Corneille, et ce n’est pas un cas isolé, profite des derniers vers de sa pièce pour dresser l’éloge de Louis XIII : « Même notre grand roi ce foudre de la guerre / Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre, / Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois / Prêter l’œil et l’oreille au Théâtre français . La gloire militaire du Souverain n’a pas peur de se mesurer à la frivolité du théâtre.

3. L’éloge du métier de comédien

Il faut se souvenir qu’à l’époque le métier de comédien est déconsidéré : ainsi, les comédiens sont rejetés par l’Église et la société. Ils n’ont même pas droit aux derniers sacrements à leur mort, à moins d’abjurer leur profession. Corneille fait partie de ceux qui, avec l’appui de Richelieu et de Louis XIII, vont faire évoluer les mentalités. Par la bouche d’Alcandre, Corneille insiste sur certains points essentiels :

a) Le métier de comédien est un métier véritable qui exige du talent : "D’un art si difficile/Tous les quatre au besoin en ont fait leur asile" - ainsi que de l’investissement : "ce grand équipage / Dont je vous ai fait voir le superbe étalage, /Est bien à votre fils".

b) C’est un métier digne, un "noble métier" : « A présent le théâtre / Est en un point si haut que chacun l’idolâtre ». Alcandre oppose les vues passéistes de Pridamant à la réalité de son temps : « Et ce que votre temps voyait avec mépris / Est aujourd’hui l’amour de tous les bons esprits ».

c) C’est un métier lucratif. L’argument est important à la fois pour Corneille, lequel en bon Normand a toujours eu les pieds sur terre, et pour Pridamant, soucieux d’assurer à son fils un avenir correct : « Le gain leur en demeure », se hâte de préciser Alacandre à propos de la représentation. Le magicien mettra un point final au thème de l’argent en renvoyant cruellement le vieux père à sa propre situation financière : « S’il faut par la richesse estimer les personnes, / Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes ; / Et votre fils rencontre en un métier si doux / Plus d’accommodement qu’il n’eût trouvé chez vous. » du coup, l’expression « bonne fortune » appliquée à Clindor recouvre un double sens...

d) C’est un métier apprécié. Le comédien suscite l’engouement : « A présent le théâtre / Est en un point si haut que chacun l’idolâtre » ; son travail est « l’amour de tous les bons esprits » ; les termes élogieux se succèdent : « délices » et « plaisir » notamment. Pridamant avoue lui-même implicitement la perfection du travail des comédiens : « J’ai pris sa mort pour vraie, et ce n’était que feinte ».

e) C’est un métier fédérateur. Il unit dans une même fascination le peuple et la noblesse, car il est « Les délices du peuple, et le plaisir des grands » ; il fédère aussi toutes les régions du royaume : il est « L’entretien de Paris, le souhait des provinces »

DISSERTATION  : « Nous n’allons pas au théâtre en inspecteurs, en contrôleurs. Nous allons au théâtre pour penser, une heure ou deux, à autre chose », écrit le critique Michel Cournot.

Selon vous, que vient chercher le public au théâtre ?

Dans un développement construit et argumenté, vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes du corpus, sur les textes que vous avez lus et sur votre expérience de spectateur.

Pour traiter la dissertation, il était simple et efficace de s’appuyer sur la réponse fournie à la question initiale. Il était possible mais peu nécessaire de porter un jugement de valeur sur chaque attitude recensée. Les textes du corpus fournissaient des exemples qu’il était judicieux de citer et d’analyser (voir ci-dessous) :

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