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Publié : 2 mai 2013
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L’Homme qui rit - Fiche de lecture

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Le questionnaire

L’Homme qui rit est un roman de Victor Hugo publié en avril 1869. L’action se déroule dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle. Le héros, Gwynplaine, a été enlevé enfant par des bandits nommés comprachicos, dont la spécialité est de mutiler leurs victimes pour en faire des phénomènes de foire. Affublé d’un atroce sourire artificiel, Gwynplaine apprend brusquement qu’il est noble et pair du royaume. Porte-parole de l’auteur, il tente de profiter de ce nouveau statut pour faire comprendre aux nobles la détresse des pauvres. En vain. Son apparence plus comique qu’effrayante ne fait que susciter l’hilarité.

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Le monde de la Greenbox

1. Qui est véritablement Gwynplaine et que lui est-il arrivé ?

La filiation de Gwynplaine n’apparaît qu’à la fin du livre quatrième : mystérieusement appréhendé par par le wapentake, le jeune homme apprend de la bouche du shérif qu’il est « Lord Fermain Clancharlie, baron Clancharlie et Hunkerville, marquis de Corleone en Sicile, pair d’Angleterre. » Le début du livre cinquième confirme ce coup de théâtre avec la lecture de la confession des Comprachicos dont le naufrage est relaté au début du roman. On y apprend que Gwynplaine a été enlevé dès l’âge de deux ans, à la mort de son père, puis « mutilé et défiguré » et destiné à « être bateleur dans les marchés et les foires. » Abandonné à l’âge de 10 ans, il est recueilli par le saltimbanque-philosophe Ursus. [123 mots]

2. Quels liens unissent Gwynplaine et Dea ?

Entretemps, Gwynplaine a fait une rencontre : il est en effet le sauveur de Dea, qu’il recueille bébé sur le cadavre de sa mère et qu’il réchauffe contre sa joue, « Premier baiser de ces deux âmes dans les ténèbres. » Le temps renforce l’affection initiale : « Ils s’aimaient », dit Hugo dans les premières pages du livre deuxième, insistant sur la réciprocié de cette passion : « Gwynplaine adorait Dea . Dea idolâtrait Gwynplaine. » Aveugle, Dea n’est sensible qu’à la beauté inérieure de Gwynplaine. C’est cependant un amour chaste qui les unit : « Leurs caresses n’allaient guère au-delà des mains pressées, et parfois du bras nu effleuré. » La froide et sensuelle lady Josiane trouble cependant cette harmonie, car pendant qu’elle retient Gwynplaine, Dea se meurt d’amour : « Maintenant que Gwynplaine n’y est plus, je meurs. » confesse-t-elle à Ursus. Ce décès provoquera à son tour le suicide du jeune homme. [156 mots]

3. Ursus est-il véritablement un misanthrope ?

Le roman s’intéresse d’emblée à Ursus, dont le nom évoque déjà le caractère farouche. Paar un trait d’ironie, le loup familier du philosophe semble plus humain, puisqu’il s’appelle homo. Hugo confirme : « Ursus était un misanthrope et, pour souligner sa misanthropie, il s’était fait bateleur. », ou encore : « sa grande affaire était de haïr le genre humain. » Paradoxalement, ce misanthrope est aussi bienfaiteur puisqu’il est à la fois saltimbanque et médecin, soignant les âmes et les corps. C’est que le monde dans lequel il vit est profondément injuste. Amer, le philosophe y voit « une superposition des fléaux », dont le pire semble être « la bêtise ». Malgré ses récriminations bourrues, Gwynplaine et Dea constituent pour lui le vrai réconfort d’une famille : « Aie des mioches... Moi j’ai manqué tout cela, c’est ce qui fait que je suis une brute », confie-t-il à Gwynplaine. [150 mots]

4. Quels changements provoque pour Ursus la rencontre de Gwynplaine ?

Gwynplaine apporte d’abord à Ursus une certaine aisance matérielle. C’est grâce aux foules que draine son protégé que le saltimbanque-philosophe peut acquérir la luxueuse greenbox, « un vaste et lourd fourgon » et engager un peu de personnel. Mais Ursus n’est pas qu’un montreur de phénomènes : c’est un éducateur qui travaille à faire éclore l’intelligence de Gwynplaine et à « semer la science et l’art dans les carrefours ». Enfin, une relation d’affection paternelle unit le misanthrope à son protégé, auquel il donne des conseils et dont il déplore la mort supposée : « Mort ! Ils l’ont tué ! Gwynplaine ! Mon enfant ! Mon fils ! » [110 mots]
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Le monde des Seigneurs

5. Quelle est la personnalité de lord David ?

Lord David est présenté dans la deuxième partie du roman. Il est l’enfant naturel de Lord Linnaeus Clancharlie, le père de Gwynplaine. C’est un homme complexe, qui apparaît comme un opportuniste, mais aussi comme un « vaillant homme de guerre », un « excellent officier ». Hugo le décrit comme un noble « très hautain » et indépendant, à ses heures arbitre des élégances (arbiter elegantiarum). Mais c’est surtout un homme violent qui adore « nuire à tout prix », bien qu’il sache faire preuve d’une générosité sans borne. Il est ainsi capable de prendre des décisions qui nuisent à son propre intérêt, comme lorsqu’il prend le parti de Gwynplaine contre les pairs du royaume, auxquels il lance ces mots provocateurs : « Il vaut mieux que vous. » [129 mots]

6. Quelle est la personnalité de la duchesse Josiane ?

La personnalité de la duchesse Josiane est évoquée dans le roman avant celle de lord David, dont elle est l’éternelle promise. C’est une femme sensuelle « grasse, fraîche, robuste, vermeille » mais hautaine au point de se murer dans l’orgueil d’une chasteté méprisante. Son caractère inquiétant transparaît dans son regard : « un de ses yeux était bleu, l’autre noir. […] Le jour et la nuit étaient mêlés dans son regard. » Perverse, Josiane a le goût du monstrueux et de l’illégal : voilà pourquoi elle propose à Gwynplaine de s’offrir à lui avant de le repousser violemment quand elle apprend qu’il doit être son mari. [107 mots]

7. En quoi peut-on dire que les nobles sont dominés par leurs passions ?

Comme on peut le voir, Lady Josiane et Lord David partagent la même passion : leur orgueil démesuré, qui les pousse à des actes inattendus.
Ils partagent aussi le même goût de l’avilissement, la recherche du monstrueux chez Josiane, l’encanaillement chez David : "Lord David Dirry-Moir aimait passionnément les exhibitions de carrefours, les tréteaux à parade, les circus à bêtes curieuses, les baraques de saltimbanques..."
La reine Anne s’abîme dans la jalousie envers sa sœur Josiane, pus belle et plus noble qu’elle : " la fille de la mésalliance voyait sans plaisir, pas très loin d’elle, la fille de la bâtardise."
Quand aux Lords, ils ne sont gouvernés que par leur propre intérêt. [113 mots]

8. En quoi le discours de Gwynplaine aux pairs du royaume est-il une des clés du roman ?

Le discours de Gwynplaine stigmatise l’égoïsme des nobles. "Je viens vous dénoncer votre bonheur", s’écrie-t-il. Participant des deux mondes, celui des nantis et celui des oubliés, il est très bien placé pour critiquer la noblesse.
Il est du coup le porte-parole de Hugo, dont le parcours personnel va de la défense des idées royalistes à une pensée socialisante.
Le discours de Gwynplaine est également révélateur de la tragédie d’un héros condamné à faire rire quand il souhaite convaincre : "Ses paroles voulaient agir dans un sens, son visage agissait dans l’autre ; situation affreuse." victime des apparences, il devient la risée des Lords. [102 mots]
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Le monde de la justice

9. Peut-on dire que dans ce roman les méchants sont punis ?

Dans ce roman, tous les méchants ne sont pas punis.
Certes, les comprachicos périssent, soit victimes des flots, soit livrés à la justice. Ces morts servent le roman, car elles permettent de dévoiler la véritable identité de Gwynplaine.
Les autres personnages nuisibles échappent cependant à toute justice. Si Barkilphedro n’arrive pas à d’humilier Josiane, c’est un échec et non une punition ; la reine n’est pas punie pour sa jalousie maladive ; l’ensemble des Nobles, Josiane et David en tête, peut continuer en paix ses activités.
Ce sont en fait les personnages les plus purs, Gwynplaine et Dea, qui succombent : en cela, le roman est pessimiste. [107 mots]

10. Sous quel jour paraît la justice royale et le monde des prisons ?

L’Angleterre est "un pays où celui qui scie un petit arbre de trois ans est paisiblement mené au gibet" dit Ursus. La justice royale est violente. Son symbole est le wapentake, dont l’arrivée terrorise Ursus. Au début du roman, Gwynplaine a d’ailleurs pu faire connaissance avec cette justice expéditive puisqu’il passe devant une potence.
Cette justice, en outre, est une justice de classe.

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