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Publié : 21 mars 2016
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Une sinistre invention (Tibulle)

Le poète élégiaque Tibulle évoque l’heureux temps de l’âge d’or...

Commentaire

Introduction

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Le texte de Tibulle
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La traduction juxtalinéaire

Comme souvent, Tibulle oppose ici la gloire militaire et l’ambition aux plaisirs simples de la vie à la campagne. C’est qu’il est sur le point d’accompagner Messalla en Epire (dans les Balkans) pour participer à la bataille d’Actium, en 31 av. J.-C. (bataille qui opposa Antoine et Cleopâtre à Octave, futur Auguste, et que ce dernier remporta.). Il commence ainsi par dénoncer la guerre, puis essaie de trouver du réconfort dans un passé mythique ou plus réel.

I) L’horreur de la guerre

1) Première hypothèse sur ses origines

Le texte s’ouvre sur une interrogation oratoire, qui, par définition n’attend pas de réponse, mais invite à réfléchir sur le thème de l’horreur de la guerre. Tibulle entre tout de suite dans le vif du sujet, in medias res, selon les recommandations littéraires d’Horace. Il porte immédiatement un jugement de valeur avec l’adjectif « horrendos » (v 1), appliqué aux épées, et les deux autres « ferus » et « ferreus », concernant cette fois leur inventeur, soulignés par la forme exclamative de la phrase et leur quasi homophonie.Le poète développe ensuite les conséquences de cette découverte, avec la reprise anaphorique de « tum » (v 3-4). Les sonorités de ces deux vers sont dures (consonnes occlusives) et le vocabulaire parlant : « caedes », « proelia », « mortis ».

2) Deuxième hypothèse

Tibulle corrige ensuite ce jugement défavorable avec l’autre interrogation oratoire, introduite par « an » au v 5. Cette rectification est accentuée par l’asyndète : normalement, l’expression complète est « utrum…an … ? » (est-ce que…ou bien est-ce… ?), or il en manque ici la première partie, ce qui peut traduire l’indignation du poète. L’erreur de jugement est également soulignée par l’opposition « ille » / « nos ». L’inventeur supposé de l’épée n’est pas coupable : c’est nous qui l’avons détournée de sa fonction initiale (« in saevas […] feras » v 6). L’explication en est donnée au v 7, avec « auri » mis en valeur à la coupe, opposé à « faginus » au v 8 c’est la cupidité humaine qui a engendré la violence.

II) Tibulle cherche une échappatoire

Avec « trahor » (v 13) au passif, le départ paraît imposé au poète. Il cherche à en oublier l’imminence en se réfugiant dans ses souvenirs ou dans ses rêves.

1) Evocation d’un âge d’or

Tibulle se prend alors à rêver d’une société tranquille disparue : les deux mots appartenant au lexique militaire « arces » et « vallus » (v 9) sont annulés par le « non », et le « dux » ne commande pas une armée mais un troupeau (« gregis »). Il s’imagine vivant pendant cette période utopique :

- au « dux » a succédé le « mihi » du v 11- irréel du passé exprimé par les subjonctifs plus-que-parfait « nossem » (v 11) et « audissem » (v 12)

- le « nec » tente de réduire à néant les sonorités dures du v 12, qui évoquent le bruit terrifiant de la trompette.

Tibulle propose ici une vision idéalisée du passé, car Rome a dès le début de son histoire livré des guerres contre ses voisins. Enfin, le « nunc » (v 13), en opposition avec le « tunc » (v 11) ramène à la réalité.

2) Souvenirs d’enfance

C’est l’autre refuge que se fabrique Tibulle.

Emploi d’adjectifs renvoyant au passé : « tener » (v 16), « prisco » (v 17), « veteris » (v 18). Récit fait à l’imparfait de l’indicatif (renvoie à un passé réel) : « cursarem » (v 16), « stabat » (v 20), « ferebat » (v 23).

Cette évocation est centrée sur la figure des dieux Lares, qui le rattachent aux origines (« patrii […] Lares » v 15). Ces dieux sont encore une fois liés au milieu champêtre et à une existence modeste (« stipite » v 17, « paupere » v 19, « exigua », « ligneus » v 20). Après avoir rappelé les hommages qui leur ont été autrefois rendus, Tibulle se place sous la protection des dieux Lares, qui exercent une fonction tutélaire (protection) même hors de la patrie (« nobis […] depellite tela » v 25) et conjure sa peur de la mort par des pratiques pieuses (fin du texte).

Conclusion

Loin d’exposer une théorie sur la bêtise et la violence de la guerre, Tibulle, en bon poète élégiaque, part toujours de son expérience personnelle, pour projeter ses rêves dans un passé mythique. Il espère que les hommes comprendront un jour leur erreur.

Source : Académie de Lille

http://www2b.ac-lille.fr/weblettres/productions/tibulle/ElegiesI10.htm

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