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Publié : 1er avril 2017
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Abécédaire baudelairien

Sous forme d’abécédaire, une analyse rapide de 12 thèmes présents dans les "Petits poèmes en prose".

Bouffonnerie

La première mention du mot « bouffon » se trouve dans le poème Le fou et la Vénus. Dans un parc baigné de soleil, « un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l’Ennui les obsède » contemple désespéré une statue de Vénus qui représente l’inaccessible beauté. La seconde mention apparaît dans le poème Une mort héroïque. Le bouffon et comédien Fancioulle a conspiré contre son prince, qui provoque sa mort en pleine représentation.

Si l’on considère le personnage du bouffon comme une des incarnations du poète, on peut y voir l’image de l’artiste à la fois assoiffé d’idéal et et assassiné par ses contemporains. [112 mots]
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Cruauté

Les personnages que met en scène Baudelaire sont volontiers cruels. Ce peut être par volonté délibérée : ainsi voit-on dans Le Galant tireur un homme menacer indirectement sa femme de mort. Ce peut être par bêtise, comme dans La soupe et les nuages, où le narrateur est rappelé à la réalité par la vulgarité de sa compagne : « ’ - Allez-vous bientôt manger votre soupe, s... b... de marchand de nuages ?’ Ce peut être enfin par nécessité : ainsi, les deux enfants qui se battent dans Le gâteau se font les pires misères : « Le légitime propriétaire du gâteau essaya d’enfoncer ses petites griffes dans les yeux de l’usurpateur ; à son tour celui-ci appliqua toutes ses forces à étrangler son adversaire d’une main... » Mais la pire cruauté est peut-être celle de la vie : dans la bataille « le morceau de pain avait disparu, et il était éparpillé en miettes semblables aux grains de sable auxquels il était mêlé. » [163 mots]
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Déchéance

« Voûté, caduc, décrépit, une ruine d’homme », le vieux saltimbanque du poème éponyme est l’une des figures de cette déchéance. Il est clairement « l’image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur », le symbole du déclin de l’artiste. Le spectacle de la déchéance est aussi l’occasion de rêver à ce que fut autrefois l’être déchu, comme dans Les fenêtres, où le narrateur évoque « une femme mûre, ridée déjà, pauvre » et retrace son passé : « Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. » [122 mots]
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Démon

Le démon de Baudelaire a une présence et une voix, « celle d’un bon Ange, ou d’un bon Démon, qui [l]’accompagne partout ». Cet être invisible semble effectivement assez complaisant : « A quel démon bienveillant dois-je d’être ainsi entouré de mystère, de silence, de paix et de parfums ? O béatitude ! » s’exclame-t-il dans La chambre double. Cependant, ce démon est trompeur, puisque dans le même poème il prélude à l’arrivée des huissiers et au retour du temps, jusque là suspendu : alors surgit le « démoniaque ». Il est « malicieux », comme dans Le mauvais vitrier. On peut le définir comme une pulsion, « un démon de combat » [1] : en effet, dans le poème que nous avons évoqué, le narrateur brise sans raison apparente tous les articles du vitrier. [133 mots]
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Dialogues

Les dialogues sont fréquents dans Les petits poèmes en prose. Les situations sont diverses même si l’ensemble est toujours très vif. Il s’agit parfois d’un dialogue presque pur dont les acteurs sont anonymes et mystérieux, comme dans L’étranger. Le texte confine alors à l’histoire drôle, comme dans Perte d’auréole. Les dialogues mettent souvent aux prises des hommes et des femmes en soulignant ce qui les oppose, comme dans La soupe et les nuages, où le narrateur se voit apostrophé par sa « petite folle bien aimée ». C’est parfois l’occasion de brosser le portrait psychologique d’un être marginal : dans Mademoiselle Bistouri, la femme qui accoste le narrateur et l’entraîne chez elle lui confie de curieux fantasmes... enfin, le dialogue peut mettre en scène les entités les plus étonnantes, comme la lune [2], ou comme le narrateur et son âme [3] ! [143 mots]
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Femme

La femme n’a pas vraiment le beau rôle chez Baudelaire. C’est un être agaçant soit par son aspect « sauvage », sa vulgarité, soit par sa préciosité, et dont il convient dans tous les cas de se débarrasser : « si vous me fatiguez trop souvent de vos précieuses pleurnicheries, je vous traiterai en femme sauvage, ou je vous jetterai par la fenêtre, comme une bouteille vide » jette crûment le poète à sa compagne dans La femme sauvage et la petite maîtresse. On songe également au « galant tireur » à qui la femme inspire une adresse au tir qu’il attribue sans trop se cacher au désir de la tuer ! Le personnage la veuve semble néanmoins trouver grâce aux yeux du poète : « C’était une femme grande, majestueuse, et si noble dans tout son air, que je n’ai pas souvenir d’avoir vu sa pareille dans les collections des aristocratiques beautés du passé. » [4] [157 mots]
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Nuit

« O nuit ! ô rafraîchissantes ténèbres ! vous êtes pour moi le signal d’une fête intérieure, vous êtes la délivrance d’une angoisse ! » ce cri du cœur dans Le crépuscule du soir témoigne de toute l’importance que revêt la nuit chez Baudelaire : c’est le moment de l’apaisement. Le poème A une heure du matin confirme cette impression . Lassé de la fréquentation diurne et décevante des hommes le poète s’exclame : « Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. » L’atmosphère nocturne a partie liée avec la femme et avec la sensualité : « dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical » s’exclame Baudelaire dans Un hémisphère. Ce n’est pas un hasard si la lune, élément nocturne et féminin, apparaît dans plus d’un poème [5] [149 mots]
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Pauvreté

Baudelaire se donne souvent un rôle d’observateur. Spectateur des villes, il n’a pas manqué d’être fasciné par la pauvreté. Cette pauvreté est l’objet d’un apitoiement teinté de mépris aristocratique : « il y a toujours dans le deuil du pauvre quelque chose qui manque, une absence d’harmonie qui le rend plus navrant. Il est contraint de lésiner sur sa douleur. » [6] Ce qui frappe Baudelaire, surtout, c’est le contraste qui éclate entre richesse et pauvreté, comme on peut le voir dans Le joujou du pauvre, où l’enfant misérable « sale, chétif, fuligineux » est l’antithèse de l’enfant riche. Les moyens que propose Baudelaire pour éradiquer la misère sont tout à fait originaux : dans Assommons les pauvres, ne le voit-on pas rosser un mendiant pour le pousser à recouvre la dignité ?

[133 mots]
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Richesse

Baudelaire a moins d’empathie pour les riches que pour les pauvres : « Car s’il est une place [que le poète et le philosophe] dédaignent de visiter, comme je l’insinuais tout à l’heure, c’est surtout la joie des riches. Cette turbulence dans le vide n’a rien qui les attire. » [7] De même, Baudelaire se moque des utopies sociales qui se proposent de révéler « l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. » [8] Par contre, la richesse n’a par elle-même rien qui lui déplaise : dans L’invitation au voyage, il souhaite embarquer pour « Un vrai pays de Cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l’ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ». [149 mots]
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Provocation

Baudelaire était volontiers provocateur : qu’en est-il de ses poèmes ?

Au rebours des artistes délicats, le poète semble fasciné par tout ce qui suscite le mépris. Ainsi des chiens, encensés de manière lyrique : « Que de fois j’ai contemplé, souriant et attendri, tous ces philosophes à quatre pattes, esclaves complaisants, soumis ou dévoués » [9] ; ainsi des pauvres, car le poète et le philosophe « se sentent irrésistiblement entraînés vers tout ce qui est faible, ruiné, contristé, orphelin. »7 Ce penchant le conduit à proposer des solutions parfois farfelues aux problèmes sociaux : « Assommons les pauvres ! », s’écrie-t-il. Observateur désabusé de la comédie humaine, Baudelaire frôle volontiers l’univers macabre de la mort comme dans La corde ou dans Le tir et le cimetière. [128 mots]
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Solitude

Pour Baudelaire, la solitude est associée à la sérénité : « Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! » [10] Dans le poème A une heure du matin, il clôt avec satisfaction sa porte, avouant ceci : « Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde. » La solitude protège donc du monde. Collatéralement, elle permet le recueillement face à « tous ces affolés qui cherchent le bonheur dans le mouvement » [11] Curieusement, cette solitude peut être trouvée au cœur même de la foule : « Multitude, solitude : termes égaux et convertibles par le poëte actif et fécond », s’écrie Baudelaire dans Les foules. Le propre de la ville c’est qu’on peut y passer incognito, observer sans être vu. [132 mots]
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Ville

Le cadre de ces textes poétiques, c’est Paris. C’est le terrain de chasse de Baudelaire, son lieu d’observation privilégié qui n’exclut aucun lieu – fût-ce le plus mal famé : cimetières où l’on dialogue avec les cadavres, estaminets , stands de tir [12] – ni aucun être, qu’il soit mendiant, chiens « calamiteux »9, folles, petites vieilles décrépites, saltimbanques déchus ou bouffons énamourés. Certes, dans cette ville on étouffe, et fuir devient parfois une obsession, comme dans Anywhere out of the world . Mais aucune place ne convient, et c’est alors un cri qui jaillit : « ’N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde !’ [109 mots]

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Notes

[1Assommons les pauvres

[2Les bienfaits de la lune

[3Anywhere out of the world

[4Les veuves

[5Voir en particulier Les bienfaits de la lune

[6Les veuves

[7Les veuves

[8Assommons les pauvres

[9Les bons chiens

[10Le confiteor de l’artiste

[11La solitude

[12Le tir et le cimetière

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