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Publié : 22 janvier 2017
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Paul et Virginie : fiche de lecture

Cet article répond à quelques questions sur le roman "Paul et Virginie". 5 questions basiques servent de point de départ à l’étude : who ? when ? what ? why ? where ?

Toutes les références de pages renvoient à l’édition folioplus classiques.

Who ?

Qui est l’auteur ?

L’auteur de Paul et Virginie est Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814). Ingénieur militaire à l’origine (p.192), il ne semble pas promis à une carrière littéraire, malgré un goût certain pour les romans d’aventure (c’est notamment un grand admirateur de Robinson Crusoë). Sa profession, cependant, l’amène à parcourir l’Europe et le monde. C’est ainsi qu’il passe trois ans à L’île de France, aujourd’hui l’île Maurice. Il tire de son expérience une manière de journal de voyage, puis un texte à prétentions scientifiques, les Études de la nature, dont Paul et Virginie ne sont en fait que le prolongement. (p.194) Il développe dans son œuvre des idées inspirées de Rousseau et manifeste un amour de la nature qui en fait le précurseur des Romantiques.

Qui sont les héros ?

Les héros se nomment Paul et Virginie. Ils sont élevés ensemble et se considèrent comme « frère et sœur » (p.17). Vivant d’une vie sauvage et naïve, ils « ne savaient ni lire ni écrire » (p.18).Virginie est une blonde aux « yeux bleus » et aux « lèvres de corail » ; chez Paul, on remarque « son teint plus rembruni, son nez plus aquilin, et ses yeux (…) noirs » (p.19 et 20). Néanmoins, certains faits vont perturber l’harmonie de cette vie tranquille : Virginie ressent la première les émois de l’adolescence : elle est comme « agitée d’un mal inconnu » (p.51) qui la ronge. Le second élément perturbateur, bien plus déchirant, est l’éloignement de Virginie, contrainte de se rendre en France dans l’espoir d’un riche héritage.

Quels sont leurs rapports avec les autres personnages ?

Loin de les mener à leur perte, leur ignorance du monde est une garantie contre le mal, car la nature ne peut errer. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, leur « bon naturel » (p.23) se manifeste avec bonheur, notamment quand Virginie vient à la rescousse d’une négresse maronne. Dociles, les deux enfants ne contestent pas la société qui les tient en tutelle : ils écoutent leurs mères, craignent Dieu et respectent les figures de l’autorité. Ainsi, lorsque Virginie doit se rendre en France, obéit-elle aux injonctions du prêtre et du gouverneur La Bourdonnais : « Si c’est l’ordre de Dieu, je ne m’oppose à rien. Que la volonté de dieu soit faite ! » (p.63). La seule vraie opposante est cette grand tante acariâtre qui réclame la venue en France de la pauvre Virginie.

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When ?

A quelle époque peut-on situer l’action ?

Le texte du roman comporte quelques dates :

  • 1726. Arrivée de M. et Mme de la Tour à l’île de France. M. de La Tour meurt en laissant sa jeune femme enceinte.
  • 1738. Mme de la Tour reçoit une lettre violente de sa tante.
  • 24 décembre 1744. Naufrage du Saint-Géran et mort de Virginie
    Ces trois dates inscrivent clairement l’action dans le premier XVIIIe siècle. Les références à la société d’Ancien Régime associées et l’intervention dans le cours du récit de Monsieur de la Bourdonnais (qui fut gouverneur général des Mascareignes à partir de 1733) vont dans le même sens.

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What ?

Quelle est l’histoire ?

Paul et Virginie n’ont jamais quitté l’île où ils sont nés et où ils vivent dans une saine pauvreté en compagnie de leurs mères. Leur vie est faite de bonheur et de vertu, jusqu’à ce que Virginie soit obligée de se rendre en France pour y être éduquée. Elle y reste un bon moment, regrettant son île natale : « C’est ce pays-ci qui est pour moi un pays de sauvages » dit-elle de sa terre d’exil. Elle revient après plusieurs années, mais hélas ! Le navire sur lequel elle a pris place fait naufrage et elle se noie. Inconsolable, Paul meurt lui aussi, deux mois après. Décèdent ensuite tour à tour tous les membres de la maisonnée.

Comment se justifie le titre ?

Le premier titre imaginé par l’auteur se référait uniquement à Virginie. Il s’agissait de L’histoire de Melle Virginie de la Tour. Or, si l’histoire de Virginie est le moteur du récit, puisque c’est son départ et son funeste retour qui en constituent les articulations, Paul joue lui aussi un rôle important, d’abord par le lien amoureux qui se tisse entre les deux jeunes gens, et ensuite parce qu’on assiste à l’évolution du jeune homme lorsqu’il doit affronter les deux départs de Virginie – l’épisode le plus déchirant étant bien entendu celui du naufrage.

Par ailleurs, Paul et Virginie rappelle les romans pastoraux grecs, qui faisaient figurer dans le titre les noms des deux héros du récit : Daphnis et Chloé, Chéréas et Callirhoé. Leucippé et Clitophon... Le titre choisi inscrit donc Bernardin de Saint Pierre dans une tradition pastorale.

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Why ?

Évolution des personnages

Les personnages du roman restent eux-mêmes tant qu’ils sont protégés par leur milieu. Bernardin de Saint Pierre ne s’offusque pas de l’ignorance de ses personnages. Au contraire, ce que nous jugerions un défaut est pour lui une garantie de pureté : les enfants, tant qu’ils ne sont pas mis en contact avec la civilisation, restent purs et vertueux. C’est au contact du monde que Virginie est malheureuse : « Je n’ai plus de joies loin de vous » déclare-t-elle tristement à sa mère dans une lettre touchante (p.78).

Vision du monde donnée par l’auteur

Bernardin de Saint Pierre est pessimiste sur les bienfaits de la civilisation. De fait, les malheurs des personnages sont provoqués par les injonctions liées au nom et à la fortune de Virginie de la Tour. Ces injonctions sont relayées par le gouverneur de l’île et par la mère de Virginie, qui l’obligent à se rendre en France. Paul, lui, refuse à deux reprises de quitter son île, poussé pourtant par sa mère et par le narrateur (p.57) puis par Monsieur de la Bourdonnais (p.113) : il sait que partir n’apporte pas le bonheur. De toute façon, la mort de Virginie le détourne de l’envie de vivre...

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Where ?

L’île a-t-elle une réalité géographique ?

L’île a bien entendu une réalité géographique. Il suffit pour s’en rendre compte de citer le début du roman : « Sur le côté oriental de la montagne qui s’élève derrière le Port-Louis de l’île de France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes. Elles sont situées presque au milieu d’un bassin formé par de grands rochers, qui n’a qu’une seule ouverture tournée au Nord. On aperçoit à gauche la montagne appelée le morne de la Découverte, d’où l’on signale les vaisseaux qui abordent dans l’île, et au bas de cette montagne la ville nommée le Port-Louis... »

Comment les héros y parviennent-ils ?

Les héros sont nés sur l’île. Leurs mères, Madame de la Tour et Marguerite – « une femme vive, bonne et sensible » (p.11) – sont installées sur l’île de France après avoir subi des malheurs : perte d’un mari pour la première, amours imprudentes avec « un gentilhomme de son voisinage » (p.11) pour la seconde. Par-delà la différence sociale, les « deux amies » (p.15) tissent des liens profonds et les deux enfants, qui ont à peu près le même âge, grandissent dans l’ignorance des affaires de caste, « loin des cruels préjugés de l’Europe » (p.17).

L’île est-elle un enfer ou un paradis ?

L’île est davantage un paradis qu’un enfer. Certes, elle n’est pas à l’abri des catastrophes, comme en témoigne l’épisode de l’ouragan. Mais ce lieu protégé qu’est l’île (voir en particulier l’incipit du roman) inspire aux protagonistes, en dépit de leur dénuement, un bonheur sans mélange : les deux mères admirent « avec transport le pouvoir d’une providence qui avait répandu (…) l’abondance, les grâces, les plaisirs purs, simples et toujours renaissants. » (p.33) Les enfants partagent cette admiration et cette joie constante.

Quels sont les rapports avec le monde extérieur ?

C’est de l’extérieur que vient le danger. La civilisation, on l’a vu, est source de méfaits et de corruption. Paul le ressent peut-être davantage que Virginie, puisqu’il refuse de quitter le cadre protecteur de l’île. Il faut à Virginie faire l’expérience de la vie en Europe pour comprendre l’ampleur ce ce qu’elle a perdu. Du coup, se pose une question : le geste de pudeur qui précipite sa mort à la fin du roman est-il du à sa propre nature vertueuse ou aux leçons qu’on lui a inculquées sur le continent ?

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INFORMATION SUR PRONOTE – TELESERVICES – WIFI, à destination des élèves, en salle Feldman, de 13h00 à 13h20 LUNDI 24 ; JEUDI 27 et VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2018.