Publié : 28 avril 2019
Format PDF Enregistrer au format PDF

A une ville morte

Lorsque le poète Parnassien José Maria de Heredia (1842-1905) compose Les Trophées , il donne à la première partie de ce recueil un tour délibérément historique : de la mythologie grecque à la Renaissance, en passant par Rome et le Moyen-âge. Ce faisant, il réalise le tour de force de condenser cette matière historique sous la forme étroite et très codifiée du sonnet.

Cet article se propose d’examiner l’un des poèmes du recueil, intitulé "A une ville morte". Le commentaire se trouve en pièce jointe.

A une ville morte

Cartagena de Indias.
1532-1583-1697.

Morne Ville, jadis reine des Océans !
Aujourd’hui le requin poursuit en paix les scombres
Et le nuage errant allonge seul des ombres
Sur ta rade où roulaient les galions géants.

Depuis Drake et l’assaut des Anglais mécréants,
Tes murs désemparés croulent en noirs décombres
Et, comme un glorieux collier de perles sombres,
Des boulets de Pointis montrent les trous béants.

Entre le ciel qui brûle et la mer qui moutonne,
Au somnolent soleil d’un midi monotone,
Tu songes, ô Guerrière, aux vieux Conquistadors ;

Et dans l’énervement des nuits chaudes et calmes,
Berçant ta gloire éteinte, ô Cité, tu t’endors
Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.

Documents joints